Carcéralitude Partie 1

Dernière mise à jour : 3 oct. 2021


Je me réveille après un nuit compliquée, pas facile de dormir, le cou collé au mur par une lourde chaine, le plan de bois n'est pas non plus des plus confortables... Quant à la température...L'endroit n'est pas vraiment chauffé et évidemment, je suis nu comme un vers. Je porte un gros collier d'acier (relié à la dite chaine) et une cage de chasteté, métallique elle aussi, et sadiquement affublée de pointes sur ses parois intérieures qui ont la fâcheuse tendance de s'enfoncer dans mon sexe dès que je me tourne d'un coté ou d'un autre... Je commence à regretter sévèrement de m'être engagé dans cette aventure. P...n mais qu'est-ce qui m'a pris?

Le temps est long dans ce cachot, du coup je me repasse en boucle les évènements qui m'ont amené à cette situation saugrenue. Comment imaginer que tout commence par un café sur une terrasse du quartier de la Joliette à Marseille? J'étais en déplacement et j'avais 10 minutes à tuer, je m'étais installé au soleil et avais commandé un double expresso. Je commençais à feuilleter une feuille de choux quelconque quand mon regard à été capté par la table voisine. Assise au soleil, une jeune femme feuilletait un magazine, elle avait de magnifiques cheveux blonds et portait des lunettes de soleil qui dissimulaient mal l'intensité de son regard, ses lèvres étaient vermeilles. Son corps très joliment sculpté était sensuellement mis en valeur par une robe fuseau noire moulante. Son bras gauche dessiné d'un tatouage sophistiqué, une essence florale assez puissante, se prolongeait d'une main ornée de bagues. Elle portait très naturellement de puissants escarpins noirs laqués à talons aiguilles. Ce look chez beaucoup aurait porté un peu d'outrance, chez elle il était dosé à la perfection, dénué de toute vulgarité et dégageait une classe et une assurance indéfinissables. J'étais en transe, électrisé, incapable de comprendre la puissance de la fascination que je ressentais. J'ai de toute évidence laissé trainer mon regard trop longtemps, si bien que lorsque je relevais la tête, je croisai un regard dont je sentais tout le perçant malgré le noir des lunettes. Je détournais le regard bien contre mon gré, pris d'une forte sensation de chaleur au visage...

...Incapable de soutenir un tel regard, je prétextai lâchement d'un détour aux Men's room pour disparaitre à l'intérieur du café, sensation étrange que de vouloir à la fois me réfugier loin de ce regard et de brûler de le croiser à nouveau. Appelé par un puissant champs magnétique à retourner sur la terrasse, je trouvai tous les prétextes pour rester à l'intérieur, écran de télévision allumé et finalement addition... Une carte bleue pour deux euros de café, histoire de faire trainer l'opération jusqu'au bout. Tant et si bien que lorsque je remettais enfin le nez dehors, la belle inconnue avait disparu. Brulure inattendue dans mes entrailles, j'en ressentais une violente déception. Incapable de mettre les mots sur ce que je ressentais, je quittais le bistrot abasourdi d'être si déprimé.

....

Deux semaines passèrent, sans que je me sente véritablement mieux. Une sensation sourde m'habitait, j'avais laissé filer quelque chose.

Quoi exactement? Je ne savais le dire, mais au plus profond je ressentais que c'était un rendez vous avec ma vie qui m'avait échappé. Au quinzième jour, le facteur sonna à la porte, un paquet recommandé... Au delà de tout rationnel, j'ai immédiatement su d'où il venait et au fond j'irai même juste qu'à dire que j'ai inconsciemment deviné ce qu'il contenait. Un collier d'acier et une cage de chasteté, elle-même d'acier. Une note brève et sans appel accompagnait la livraison: on me sommait de passer ces ustensiles à l'instant et de me tenir prêt dans exactement 15 jours à la même heure. Allais-je à l'instant me passer un collier au cou et pire, m'enfermer le sexe dans une cage cloutée forcément douloureuse pour attendre ainsi 15 jours durant, sur une injonction non identifiée et le tout parce que j'avais croisé une femme mystérieuse à la table d'un bistrot sans avoir échangé un seul mot avec elle?

La bonne blague! Il faudrait être sacrément fou pour refermer sur moi-même les cadenas des deux appareils sans en détenir les clés!

Et pourtant... Tremblant face à mon miroir qui reflétait mon regard incrédule, j'ai ajusté le collier puis doucement avec une grimace de douleur l'étui d'acier sur mon sexe..."

....

15 jours, c'est long, je vous jure que c'est long! Avez vous déjà été alité, frappé d'une vilaine grippe qui vous ôte toute vitalité pour autre chose que les gestes basiques de la maintenance du corps 15 jours durant? C'est à peu près ce que je ressentais pendant ces 15 jours d'attente interminable ou le seul horizon du calendrier importait. Impossible d'occuper le temps, j'aurais voulu dormir pour être réveillé par le carillon de la porte.

Et le doute? Omniprésent, harassant, harcelant... A quelle fumisterie me prêtais-je aussi inconsciemment? Me jouait-on un tour? Piètre bricoleur, je me demandais comment j'allais procéder si je devais moi-même m'ôter la cage, faire sauter le lourd cadenas... Qui appelait-on dans ces cas là? Un serrurier, que sais-je un forgeron?

Quant à l'humiliation... Je n'avais plus qu'à déménager, loin dans le nord, chez les Ch'tis.. Ce qui était fait l'était, le défaire était compliqué, il n'y avait donc plus qu'à attendre que s'égrène doucement chaque jour jusqu'à la date fatidique. Quand la sonnerie retentit, je crus que mon coeur allait lâcher.

Heure pour heure, minute pour minute, le carillon sonnait exact, diabolique de précision. En cas de "lapin", "de faux plan" comme on dit, j'avais tout anticipé, la déception, la frustration voire la colère. Mais aussi, le soulagement d'arrêter là cette aventure saugrenue.

Que le carillon sonne à l'heure... qu'étais-je censé ressentir?

Encore une fois, je fus sidéré de la violence et de l'antagonisme de mes sentiments: peur, panique, sueurs froides brutalement mêlées d'excitation, de joie et de la sensation de vivre une page longtemps attendue.

Incroyable et limite insensé quand on sait à quel point j'en savais moi-même si peu sur ce qui m'attendais. Mais l'irrationnel, le cognitif, le soi-profond sent et comprend des choses que la conscience ne saurait expliquer.

J'ouvrai donc résolument la porte, dissimulant sous une veste de velours et une chemise blanche impeccablement repassée les chaines cadenassées de ma psyché la plus intime. A ma stupeur, un homme se tenait de l'autre coté