Carcéralitude Partie 2

Dernière mise à jour : 6 mars



Un homme massif se tenait sur le pas de ma porte, le crâne parfaitement rasé, des lunettes noires sur les yeux, un costume taillé sur mesure ajusté sur ses épaules aussi larges qu'un zinc de pub irlandais. Le parfait "gorille", à un détail près: tout juste décelable sous le col de sa chemise blanche, un collier d'acier, identique au mien, affublé d'une médaille dont il ne me fut pas possible de déchiffrer les caractères. -Mr Lati? Eric Lati? - Oui... bafouillais-je incertain - Veuillez me suivre, vous n'avez rien besoin d'emporter -... Il avait déjà tourné les talons et se dirigeait vers une limousine noire, arrêtée au bord de l'allée que dans mon étonnement de découvrir ce singulier personnage, je n'avais pas remarqué. Je suivais l'homme comme un somnambule, mon libre arbitre endormi dans des brumes épaisses. Ou étais-ce justement ce libre arbitre qui me poussait à obéir ainsi aveuglément?


Arrivés près de la voiture, il me fut impossible d'en discerner l'intérieur, la teinture des vitres, un noir ébène ne laisser rien filtrer. Je n'émis aucune réaction quand l'homme me tendis une cagoule noire, sans orifice pour les yeux ni la bouche avant de monter à l'arrière du véhicule. Résister eut été incohérent. J'enfilais donc le masque et pénétrait dans le véhicule.

L'intérieur était parfaitement silencieux, je sentis la main du gorille me saisir le bras et me guider vers un siège. Intérieur cuir, très confortable, luxueux. Une fois assis, mes poignets furent saisis, plaqués dans mon dos et je sentis le coupant d'une paire de menottes. Un cadenas de plus ou de moins...

Ce fut seulement après que la voiture ait démarré et roulé pendant quelques kilomètres, que ma part rationnelle finit par se réveiller. Ou m'emmenait-on et pourquoi? C'était absurde, comment pouvais je me laisser faire ainsi, me laisser emprisonner de la sorte, perdre toute dignité sans combattre, dans quelle torpeur avais-je sombré?


Alors pour la première fois, depuis la terrasse de café, je me révoltai, je contestai cette apparition qui m'avait à ce point lénifié, lobotomisé. De sous ma cagoule (où je suffoquais doucement) j'enjoins fermement au chauffeur qui qu'il soit de faire demi-tour, "immédiatement" et que cesse cette mascarade grotesque.


Alors que je commençais à prendre confiance, à reprendre du poil de la bête. alors que je faisais valoir mes droit avec, je le pensais, autorité, un "Silence!" cinglant claqua dans la cabine. La voix était féminine, veloutée et sensuelle, mais l'assurance et l'autorité qui en émanaient n' étaient pas contestables. J'obéissais, désorienté, immédiatement vaincu par cette autorité. Dans mon état d'ébullition, je n'avais pas détecté un subtil parfum, une fragrance juste détectable mais ô combien présente, la signature d'une présence féminine. Insidieuse, incompréhensible, une sensation de bien-être total me saisit et ne me quitta plus pendant le reste du trajet. Elle ne dit plus un mot.


Après deux bonnes heures de route sinueuse, la limousine finit par ralentir et s'arrêter complètement. Un grincement me fit penser à un portail que l'on ouvre puis la voiture repartit à petite allure sur ce qui semblait être une chaussée de graviers. Le trajet dura encore un long moment, si nous étions dans une propriété, celle-ci devait d'étendre sur un paquet d'hectares!

Le véhicule s'immobilisa enfin et le ronflement du moteur fut coupé. Il se passa un court instant de silence avant que "Boris" (c'est comme cela que j'avais décidé de surnommer mon gorille au collier d'acier), ne m'enjoigne de me lever en me saisissant fermement le haut du bras. Je descendis de la voiture d'un pas hésitant ; des graviers effectivement, d'un grain plutôt fin à ce que je pouvais estimer dans le noir total de ma cagoule. J'étais maintenant encadré par deux paires de bras, Boris et le chauffeur probablement.

J'entendis un son métallique grinçant, une manivelle que l'on actionne, des cliquetis de chaines... peut-être une sorte de herse que l'on levait. S'ensuivit un escalier étroit où l'on ne passait plus qu'en file indienne. J'étais parfaitement encadré par mes deux "bienfaiteurs" , descendant marche par marche d'un pas hésitant.

L'ambiance était maintenant très fraîche, nul besoin de les toucher (mes poignet étaient toujours emprisonnés dans des menottes inconfortables) pour sentir que les murs étaient de pierre et que c'était dans les entrailles d'un authentique château que l'on me conduisait. Arrivés à ce qui semblait être une lourde porte, vu le nombre de gonds que mes deux sbires firent sauter, nous pénétrâmes dans une salle où la cagoule me fut finalement enlevée.

J'étais dans une sorte de caveau, haut de plafond éclairé par une lumière diffuse qui filtrait par des soupiraux en nombre à hauteur de plafond. Le plafond était maintenu par de fortes poutres en bois de chêne, les murs étaient de vieilles pierres. Au centre de la pièce, une table de bois à laquelle étaient assis deux personnages...


Quand je dis deux personnages, c'est qu'il me fallut un peu de temps pour identifier clairement ce que je voyais. Les deux individus portaient tous deux une cagoule, qui, à la différence de la mienne, suprême confort, comportait des orifices pour la bouche et les yeux. Mais ce confort était probablement le seul dont ils bénéficiaient. Les deux hommes portaient eux aussi le fameux collier d'acier, qui dans leur cas étaient reliés à une chaine cloutée à même la table en bois. La chaine bien tendue, les forçait à baisser la tête vers la table dans une posture à l'évidence pénible. Un chemisier, ou plutôt un haut en toile simple, habillait le haut de leur corps et portait comme seul ornement un nombre à deux chiffres qui faisait penser à un matricule. Leurs jambes et la partie inférieure de leur corps étaient intégralement dénudés. Incroyablement, leur sexe était emprisonné dans des cages d'acier clouées sur leur siège, de lourds tabourets rudimentaires, de sorte qu'ils en étaient immobilisés, douloureusement vissés à leur poste par leurs parties les plus intimes.


Comme si j'avais pénétré dans une prison, l' homme cagoulé assis à la droite de la table me fixa d'un regard inexpressif et me demanda de lui remettre mes effets personnels, montre, portefeuille, téléphone portable. Dès que j'eu déposé ces effets sur la table, le second personnage, celui de gauche, m'enjoins de me dévêtir intégralement. Non sans réticence, mais je n'en étais plus au point d'émettre la moindre objection aux ordres les plus inhabituels, j'entrepris d'enlever mes vêtement. J'étais tout simplement en train de me laisser incarcérer de mon plein gré par des olibrius cagoulés, eux-même enchainés, entouré par deux sbires digne du service de sécurité de Vladimir Poutine! Ironiquement, l'expression "aimables comme une porte de prison" leur allait comme un gant en cette circonstance. Je dus plier mes vêtements un à un en un carré impeccable, et les déposer dans un casier disposé sur le coin de la table. l'un des cagoulés, répertoria méticuleusement l'ensemble de mes effets personnels et affubla le casier d'un numéro, indiquant clairement que l'ensemble allait être rangé, mais laissant aussi l'espoir que je récupérerais ces objets un jour. J'eu envie d'ironiser sur le fait que l'on ne m'avait pas délivré de reçu, mais je m'abstins vu l'apparent manque d'humour de mes nouveaux amis.

Une fois intégralement nu, je sentis la fraicheur du caveau et frissonnai imperceptiblement. Boris entrepris alors de vérifier mon collier et la pose de ma cage de chasteté, la fermeté de l'emprisonnement et la solidité du cadenas. Bizarrement, cette cage de chasteté bien qu'humiliante constituait comme un habit, ultime rempart qui préservait un peu (tout relativement bien sûr) de l'humiliation totale de la situation. On tira vers moi une chaise en bois et le cagoulé de gauche tourna vers moi un ordinateur portable. -Ecrivez un mail à qui de droit annonçant que vous serez absent 3 semaines durant, sans aucune possibilité de contact. Que personne ne s'inquiète, ni ne tente de vous joindre. Dites que tout va bien, trouvez un prétexte, que votre absence passe inaperçue. Ecrivez à votre travail, à votre famille, petite amie etc..." J'étais sous le choc, 3 semaines, c'était une blague! Je commençais à bredouiller une série de prétextes. Ce n'était pas possible, on m'attendait au travail, il aurait fallu me prévenir, que je prenne des dispositions. Prenons rendez-vous pour une prochaine fois... - Vous avez 10 minutes, soyez efficace. Héberlué, je tentais de mettre un peu d'ordre dans mes pensées, trouver un prétexte crédible en 30 secondes… Comment justifier tout à coup d'une absence de 3 semaines, comme ça, paf, de but en blanc, aux collègues de travail et aux proches? Après quelques hésitations, j'optais pour un voyage au Japon, sur un coup de tête. Je n'avais jamais caché ma fascination pour le pays du soleil levant, j'en connaissais suffisamment sur la culture japonaise pour raconter une série d'anecdotes vraisemblables sur mon voyage, même pour des gens qui y seraient effectivement allés. J'envoyais donc une salve d'e-mail, me demandant quelle folie j'étais en train de commettre, mais j’étais comme aspiré irréversiblement. Alors que j'appuyais sur la touche "envoi" les mains puissantes de mes deux gorilles me saisirent les épaules.