Le séminaire


Il était tard au Domaine d’Aragon quand le gardien referma le grand portail. Les deux battants s’épousèrent, majestueux, signifiant qu’une nouvelle nuit s’étendait sur le château et sur ses vignes, un immense domaine dont le cépage transmis de générations en générations accueillait depuis une dizaine d’année – modernisme et recherche de nouvelles ressources obligent – des séminaires professionnels et autres manifestations privées.

La journée avait été studieuse. Après avoir fait visiter la bâtisse aux nouveaux arrivants, elle leur avait fait un brève historique de l’endroit. Elle remarqua que l’un d’eux semblait s’intéresser de près à l’architecture de l’endroit, ou alors était-ce une simple tactique pour attirer son attention. Trentenaire, bel homme, il n’était pas déplaisant à regarder… Mais rarement réceptive aux collets masculins, elle avait fait un pas de côté pour l’enjamber et avait laissé le groupe de salariés travailler dans une joyeuse détente, non improductive, leur préférant ses habituelles obligations. La supervision d’une main de fer des équipes qui se relayaient entre la préparation et l’organisation des repas, l’entretien et l’accueil dans les locaux, ainsi que la production du domaine en elle-même. Elle ? C’était Philomène d’Aragon. La propriétaire des lieux. Les temps étaient durs. Frappés de plein fouet par la crise, les chiffres étaient mauvais. Philomène d’Aragon donnait le meilleur d’elle-même pour maintenir l’affaire à flot. Il fallait chouchouter ses visiteurs… Une tâche qui n’était pas toujours facile à coupler avec son caractère solitaire et indépendant.

C’est au détour d’un couloir de l’immense bâtisse qu’elle croisa de nouveau le curieux séminariste, visiblement très alcoolisé. Son pas peu assuré. Sa main fermée sur l’épais rideaux en velours pour se donner appui. Narquoise, elle demanda :

- Le vin était bon, n’est-ce pas ?

L’homme lâcha un rire un peu navré.

- Délicieux comme un bon coup de trique.

Mme d’Aragon haussa légèrement un sourcil. Décidément. Quel homme intriguant. Elle ne lui porta pas secours et passa devant lui en rétorquant simplement :

- Avez vous au moins déjà apprécié la saveur d’un bon coup de trique…

Les séminaristes étaient parfois sans gênes. Certains pensaient la mettre dans son lit sous couvert d’une drague approximative, d’autres être comme chez eux. C’était dans ces moments là que les limites de son accueil chaleureux se faisaient sentir… Faire vivre le domaine en acceptant le ballet des clients à n’importe quel prix lui était difficile. Dominante dans l’âme, rares étaient ceux qui parvenaient à la séduire vraiment. Rien ne semblait ébranler son coeur froid et sa conduite millimétrée.

Pourtant cet homme, sans qu’elle ne se l’explique, avait réveillé en elle une dualité très forte au premier regard. De par son attitude désinvolte… Ses entre-lignes aussi. L’envie oscillante de rentrer dans son jeu, et celle de l’écraser sous le poids de son talon. Il était attirant, certes, mais sa tenue, ce soir, après juste le premier soir au domaine laissait carrément à désirer. Sans doute échouerait-il devant la porte d’une collègue et gratterait-il comme un chat esseulé pour tirer son coup… Les gentlemen attendaient habituellement le dernier soir pour se permettre ce genre de largesses.

- Uniquement offerte par de vraies Dames. Osa l’imprudent.

Alors le pas s’arrêta, brisant la métronomie des talons aiguilles sur le parquet. Sans doute apprécia-t-il son effet. Les yeux noirs de la belle brune revinrent le cueillir avec une vraie défiance. S’il la cherchait, il avait fini par la trouver. Philomène, droite et fière, se rapprocha de lui toujours arrimé au rideau. Dans une lenteur maniaque, elle se pencha à son oreille. Et mêlés au souffle chaud d’une si roide créature, quelques mots virent harponner l’oreille mâle.

- Quand on n’est pas soi même un vrai homme, je doute que l’on sache apprécier les qualités d’une vraie Dame… Accroché à leurs rideaux. Attention, si le sol bouge, il vous faudra ramper pour trouver la bonne chambre.

Elle se redressa et le laissa là, finalement plus excité encore, à écouter non loin la porte d’une chambre s’ouvrir sans se refermer.

Que fallait-il comprendre ? Était-ce une invitation ? Avait-elle vraiment envie de le provoquer ? Avait-il vraiment envie de la provoquer ? Lâchant son point d’ancrage provisoire, et échauffé par l’alcool qui l’enivrait encore un peu, il rampa littéralement jusqu’à la fameuse porte, où il découvrit un spectacle fascinant, par l’entrebâillement offert.

Madame d’Aragon se déshabillait. Délaissant sa tenue stricte, robe fourreau, talons mules et ses dessous sur le lit de ce qui semblait être sa chambre. Un endroit doté d’un immense miroir en face du lit, et d’un fauteuil non loin d’un… prie-dieu un peu particulier. Sa contemplation fut vite dérangée par l’arrivée de quelques personnes dans le couloir, des collègues plus tardifs que lui encore, à qui il échappa en entrant dans la chambre sans frapper et en refermant la porte derrière lui par peur d’être ainsi découvert. Ce qui fit se retourner vivement la Maîtresse des Lieux.

Il n’eut pas le temps de réfléchir.

- Misérable mal élevé !

Scanda-t-elle en saisissant un objet qu’il n’eut pas le temps de bien apercevoir, puisqu’il s’abattit sur lui en lui arrachant un cri de douleur.

- Quoi, l’on n’apprécie plus la saveur d’un bon coup de trique ?

Furieuse de cette introduction sauvage, elle lui en asséna d’autres, avec une fermeté et une colère véritable. Il avait poussé le bouchon un peu trop loin, désormais, il devrait en assumer les conséquences.

- Tu m’épiais ?

- Non ma Dame !

- Ha, je suis ta Dame désormais ?

- Pitié. Aille ! Je ne voulais pas…

elle le gifla, et le bruit ne fut même pas couvert par les voix de ses collègues qui passaient en riant devant la porte close.

- Mais tu l’as fait. Désormais tu vas assumer. Tu resteras ici. En plus tu es ivre comme une petite débauchée.

L’utilisation du féminin le tétanisa autant que l’excita. Décidément, cette femme l’attirait comme un aimant, et sa dureté, son inflexibilité ne faisait que rajouter à son désir. Il bandait lamentablement, ce qu’elle ne manqua pas de lui faire remarquer en lui donnant un coup dans les parties. Il gémit un peu, et elle saisit ses cheveux pour tourner son visage vers le lit.

- Enfile cela, petite débauchée, qui t’a autorisée à bander ?

Confus, il ne chercha même pas à se défaire de cette emprise énigmatique et de cet aura magnétique, c’est tremblant un peu qu’il s’approcha des vêtements qu’elle venait de quitter. Il n’osa plus la regarder, belle, nue et armée de ce qui était finalement un nerf de bœuf. Il enfila, honteux et terriblement gêné la robe fourreau encore chaude d’elle, imprégnée de l’odeur de son parfum féminin, envoûtant.

- Regarde-toi, incapable d’obéir.

Elle appuya sur la bosse de son érection par dessus le tissus comme s’il était possible de la faire disparaître, de la faire rentrer dans son corps. Agacée. Puis elle s’assit sur le lit, et ordonna sèchement :

-Viens t’étendre sur mes genoux et me tendre ton cul. Tu sembles peu sensible à mes désirs, je vais t’apprendre ce qu’il en coûte .

Et sans attendre une réelle volonté ou l’amorce d’un geste, elle força son mouvement pour le mettre en position infantilisante, cul offert sur ses jambes. D’une geste maîtrisé, elle le fessa. Une fois. Puis deux. En lui faisant répéter « Je serai une petite salope obéissante » . Et les larmes aux yeux, la trique au bord de l’explosion, il répéta jusqu’à ce que la pluie de fessée se calme, et jusqu’à ce qu’elle semble elle même s’apaiser.

- Voilà qui est mieux… Va faire pénitence. Là bas.

Désignant le petit banc à prier orné d’un gode fixé à la planche d’assise, elle le délaissa pour aller s’habiller d’un sublime accessoire tout droit sorti d’une grande armoire. Un gode ceinture-lingerie. Une sorte de culotte délicatement plissée à jarretelles, d’où émergeait un gros sexe noir. Il ne le vit que lorsqu’elle fit le tour du prie-Dieu pour se positionner face à lui. Lui, à genoux, les mains jointes… Et une énorme queue s’immisçant dans sa bouche. Un sourire vicieux s’étala sur son visage de déesse .

- Tu vas te faire pardonner n’est-ce pas ?

- Mmh… gémit-il.

- Assied-toi, homme-jouet. Je vais convier quelques-uns de tes collègues.

Personne ne l’entendit gémir , la bouche envahie par le jouet, lorsqu’il s’empala sur le gode. Mais la dernière image qu’il garda avant de perdre totalement conscience fut le sourire froid et mécanique que sa geôlière. Il est des Dames qu’il ne faut pas trop chercher sous peine de les trouver, et la montagne de leurs vices avec...