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Domination - Part 1

J'étais à

l'heure. La séance devait se passer chez lui, dans son nouvel appartement que je n'avais encore pas découvert. Ce jeune cadre dynamique avait près de trente cinq ans, et un charme serein qu'il diffusait avec une certaine suffisance lorsqu'il ne se sentait sans doute pas à l'aise en ma présence. Nos débuts avaient été timides, des ébats près d'une fenêtre aux volets ouverts, quelques rapports de force où il me laissait toujours prendre le dessus. Une croix de Saint André dissimulée dans son dressing, entre les costumes et les chemises, sans que jamais elle ne soit réellement utilisée.

J'approchais du numéro indiqué avec une certaine appréhension, l'esprit soudain aux assauts des souvenirs de notre première nuit. Exaltante. Passionnelle. Où comment cet inconnu m'avait laissé faire une entrée fracassante dans sa vie. Je me souvenais de mes talons traînant sur son parquet, du gout du champagne qu'il avait ouvert avant le repas sachant que j'en étais grande amatrice. Plantée devant sa porte lors de cette nuit chaude et lourde, je me surpris même à ressentir la caresse surannée des menottes de satin qu'il m'avait offert ce soir là. Il avait été parfait. Il m'avait donné sciemment une liberté que je n'avais plus ressentie depuis longtemps. Trop longtemps. Mes mains avaient agrippé sa nuque au moment de passer à table, et mes lèvres avaient volé un baiser à sa bouche, puis une ascensionnelle chimie avait précipité mes gestes. Antoine s'était abandonné à mes mains dirigistes et douces, laissé dévêtir, avait ployé lorsque je le lui avait demandé. Et d'homme fier et tendre, il était devenu le pantin dont je dirigeais l'ensecret. Ma table était servie, humaine et malléable. Le plus beau plateau de ma vie.

J'avais pris une à une, dans une infinie délicatesse, les tranches de poisson dans l'étau de mes baguettes. Les avait posées sur la peau de son dos, douce et lisse, presque juvénile, et avait disposé mon repas comme il me plaisait de le déguster. Antoine, à quatre pattes, n'avait pas bronché, même lorsque j'avais déposé stratégiquement entre ses deux omoplates à la lisière de sa nuque un petit pot de sauce brune rempli à ras. Seule ma voix avait ponctué ce repas sensationnel, et j'avais fini par lui murmurer que j'accédais quand même à le partager, à quelques menues conditions... Sur le bout de mon escarpin verni, je lui accordais une tranche soigneusement déposée. Mon  pied s'était placé au sol, sous son visage baissé. S'il avait faim, il devait l'honorer de cette façon, en se baissant... Mais sans renverser une goutte du liquide qui reposait au creux de son cou. 

Autant vous dire que la mission était malaisée, et voulue. La langue avait happé le sashimi, tandis qu'un épais filet brunâtre avait coulé entre ses épaules et le long de son cou, allant tâcher copieusement le tapis. Éclaboussant mes bas. J'avais laissé échapper un rire mauvais et pervers, tandis que ma main venait essuyer l'affront. Mes talons avaient tourné sur eux même, puis autour d'Antoine, prostré dans sa position de table humaine... Lentement j'avais effleuré ses flancs, me positionnant derrière lui. Ma  main s'était posée sur ses fesses qu'il avait d'ailleurs fort bien faites... Et les avait claquées avec une violence brutale, laissant sur elles son empreinte rouge et blanche en gage de contrariété. Le repas s'était poursuivi longtemps, jusqu'à ce que le tapis deviennent un tableau abstrait aux éclaboussures naïves, mes escarpins plus propres que jamais, et le fondement d'Antoine un terrain de jeu  cuisant où je me promettais de revenir fébrilement au plus vite.

Bien sûr, il m'avait fait l'amour. Lorsque dans son lit j'avais, après de longues heures de jeux, cessé de malmener ses cheveux qu'il avait longs et beaux, la peau de son torse et son sexe... Antoine avait repris ses droits, fort de sentir sous ses mains viriles l'extrême féminité d'une petite inconnue effrontée et audacieuse . Je m'étais surprise à m'endormir au creux de ses bras, épuisée et pourtant encore si galvanisée d'avoir eu  à mon oreille ces simples mots, imprudents:

"Je vous attendais depuis longtemps."

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