Domination - Part 4


Les mois passaient et ne se ressemblaient pas. Antoine était souvent à Londres, for business. J'étais pour ma part beaucoup trop prise par mon travail. Nous restions en contact via sms, un milliard de sextos en images qui ne comblaient qu'à moitié mes attentes. J'aurais voulu le voir débarquer au bureau, me sauter comme une petite dévergondée, je me contentais à la place de lui donner des ordres par messagerie, de choisir pour lui des vêtements pour lui faire découvrir la féminisation, décider s'il devait jouir,  quand il devait jouir et quand il devait être aussi frustré que moi. De m'appliquer à contenir mes désirs pour jouer le parfait rôle de Maîtresse qui le faisait tant fantasmer. Il avait 36 ans, une brillante carrière depuis dix ans dans la même boite et une âme qui n'était que perversité. J'en avais 23, et j'étais pleine d'arguments et de caprices, un bouillonnement incessant d'envies et d'actes qui se heurtaient sans cesse aux limites de cet amant docile et peureux du qu'en-dira-t-on. Moi libertine, lui ... Lui.

Ce jour là, j'avais un entretien avec ma direction. Je pressentais une heureuse nouvelle, orgueilleuse et sûre de moi que j'étais... L'entretien marquait la fin de ma journée, il avait lieu dans la même rue que celle d'Antoine. J'avais glissé dans mon sac avant même le rendez-vous une bouteille de champagne et arrangé un happy-end chez mon amant. Moment rare où nous pouvions être tous deux disponibles. La nouvelle tomba vite, comme prévue, une promotion pour la jeune directrice. Je débarquais chez lui bouteille en main, talons de rigueur , toute de noir vêtue. Sa gueule de jeune dandy s'était illuminée de sales envies...Nous couchions ensemble, avec passion dans sa chambre encore quasi vide, volets ouverts. Je le griffais, mordais, je tirais ses cheveux bruns avec  impatience. Antoine me murmurais que j'étais belle. Ses mains finirent par agripper mes hanches. Sa bouche quémander de prendre mes fesses. Un seul homme avait eu mes fesses ... Et diable savait que ce n'était ni mon mari, ni aucun homme entretenant avec moi une relation D/S... C'était moi qui prenait les hommes en règle générale... Et quelles étaient les règles avec Antoine? Je les délimitais si mal. Tantôt soumis, tantôt dominant. Cet amant jouait sur les deux tableaux et j'aimais cela. J'accordais ma croupe à mon amant au nom Russe, à cet instant précis , il pouvait faire de moi ce que bon lui semblait. Antoine avait encore toutes mes faveurs. Sa queue opportuniste avait œuvré jusqu'à me faire crier, hurler avec pour seul écho mon propre plaisir mêlé de douleur. Ses mains m'avaient fait un collier ,  il avait finit par laisser mes fesses ... Pressant ma gorge, me prenant animalement, m'écoutant me noyer. Ma peau rougie recevait le claquement de la sienne, son appétit violent me rendait pourtant vivante: j'avais pour la première fois l'impression d'être à lui. Je pleurais ; de douleur et d'émoi, jusqu'à ce qu'il jouisse bruyamment.

Sa silhouette nue déambulant dans son appartement pouvait me nourrir éternellement. Sa douceur retrouvée après l'amour aussi. Comme si la bête redevenait humaine, à mon image lorsque je le quittais. Il ne fumait pas, je m'abstenais. Observant le cadavre de bouteille posé à même le parquet je tentais de retrouver dans mon esprit un souvenir autre qu'Antoine entre quatre murs. Je l'observais. Je lui demandais si l'idée de sortir un soir pouvait le tenter. Sa réticence transpirait de chaque pores de son être... Je connaissais les arguments . Si jamais l'on nous voyait, des collègues de travail, les on-dit ... Je le détestais d'être si peu assumé, moi qui plaisantais de mes dernières histoires de fesse aux terrasses des cafés... Lui qui refusait mes fantaisies par peur qu'elles ne tombent dans le domaine public. Pas de photos qu'il n'ait pas prise lui même...  L'amant si pervers dissimulait son collier avec une écharpe fine lorsqu'il allait ouvrir la porte au livreur de sushis, à mon grand damn. J'avais besoin de sortir, de jouer à des jeux dangereux , d'Oser. L'homme public n'avait qu'à se choisir une poupée d'intérieur...  Je ne m'avouais pas vaincue, tôt ou tard, Antoine se livrerait. J'arriverai à lui tirer autre chose que  sa stupide semence.   Quelques confidences peut-être. Sa famille. Ses amis. Ses passions. Des trucs de gonzesses, oui. Juste  de quoi me nourrir encore un peu avant l'overdose inéluctable, la repousser par la même occasion. Car comme tous mes jouets, Antoine était destiné à tomber en désuétude dès lors qu'il ne m'amuserait plus.

Arrivée chez moi je retrouvais mon mari. Je lui racontais mes aventures Antoniennes. Je m'accordais avec lui sur une idée qui me trottait dans la tête depuis un moment. Un SMS partit pour réamorcer l'habituelle litanie des jours à venir:

" Vous êtes convié chez nous bientôt pour une soirée à trois. Prenez votre collier."