Domination - Part 8


Que s'était il passé depuis ce jour de Noel où Antoine m'était revenu comme un miracle ... Où je l'avais de nouveau accepté dans ma vie, comme un miracle... 

Du temps. Il s'était passé du temps. L'histoire était ainsi écrite, ponctuée de mois, paragraphée d'années. J'avais besoin de temps pour digérer Antoine. En tirer l'essence. En extraire la sève. Le jus. Je l'aimais passionnément. Comme on aime tirer sur les ailes des mouches, les pattes des fourmis. Comme on lance des cailloux sur les oiseaux. Je l'aimais à m'en replier sur moi-même. A m'en disloquer la patience. Je l'aimais à m'en fracturer le temps, et les disponibilités, les possibilités aussi... D'un silence épais. D'une sentence inflexible. Ainsi, aucun aveu ne sortirai jamais de cette bouche là. Elle n'était faite que pour le frustrer. Et lui faire du bien, parfois. Pour rendre plus humaine notre relation. Plus tenable . Ma bouche était notre oeuvre d'art. Celle par qui tout commençait, et tout finissait toujours. Quelque chose d'abstrait, d'insaisissable et qui rendrait parfois, tel l'Amour et l'Art, nos existence plus tolérables.

Un soir. Un message. Antoine était de passage sur Marseille. 

"Viendrez-vous?"

J'avais encore en tête chacun des recoins de son appartement, qu'il délaissait désormais pour Genève. Pour une autre vie. Je fis traîner. J'arrivais un soir, fatiguée et peu prompte à jouer. Je voulais simplement le voir. M'asseoir à ses côtés. Et c'est ce que je fis. Il se passa une chose incroyable. Nous discutâmes sans voile. Et même à la seconde personne du singulier. Ce qui n'arrivait pour ainsi dire ... Jamais. Il me montra son profil Fetlife. Déclina les photographies des hommes qu'il rencontrerai sans doute ce soir, ou demain. Pour du sexe facile et fugace. Et je commentais, un verre à la main, émerveillée de découvrir les goûts et les chasses de celui qui s'était condamné un jour à mes distances. 

Chaque départ était un crève cœur. Il me dictait de rester. De partir loin, et vite à la fois. Une dichotomie sérieuse que les années n'atténuaient pas. Je ne pouvais pas avoir Antoine. Ma vie était ailleurs. La sienne aussi. Il n'était pas raisonnable de s'attarder outre mesure, qu'aurait été cela? Sinon un geste destructeur. Désespéré. Je n'avais jamais été désespérée . C'était insultant. Ce n'était pas à mon niveau. Le temps passerait son baume, comme à chaque fois. 

Un an passa. Peut-être deux. Ponctuée de ces signes qu'il ne cessait de semer sur mes jours. Quelques mots. Quelques messages. Des pensées vagabondes lorsqu'il passait à Marseille mais n'avait pas le temps de trouver le temps. J'appris son accident de scooter. La mort de ses parents. Les difficultés avec sa compagne. J'appris sa détresse, et elle me transperça si fort que je ne sut pas comment y apporter mon réconfort. Je ne cherchais pas à le voir. Je ne souhaitais pas le découvrir diminué. C'aurait été trop difficile. Aurait estompé les limites. Les protections. J'aurais voulu ne pas me trouver si stérile, sans savoir quoi lui dire, comment lui dire... Si... Atone pour Antoine. Les mois s'écoulèrent sans que je ne le regarde que de loin, statue de sel.  Antoine devait rester mon intime secret. On ne console pas un secret. Je restais persuadée que tout ce qui l'intéressait était là: la gifle et le baiser. 

Un soir.

" Envie de rencontrer Manon comme Maîtresse Manon."

Quelques échanges, et il m'invitait chez son beau père. Dans sa maison de campagne. Peut-être trois ans sans le voir, physiquement. Coupure bienvenue dans ma vie houleuse. Mes amis intimes m'appelaient la "Ministre du plaisir"... Je gardais peu de temps pour moi. J'étais consciente que ma vie ne ressemblait à aucune autre. Les hommes jonchaient mes jours. Mes nuits. Prêts à se tatouer mon nom. A devenir mon esclave à jamais. Dormir au pied de mon lit. Devenir ma femme de ménage, exploitable, exploitée. Leurs fantasmes n'avaient  de limites que les miens. Pour moi, ce n'était pas une question d'argent. C'était plus vaste. Un univers dont les contours pouvaient se dissoudre, flirter avec la folie. Chaque histoire était unique. Chaque homme aussi. Et il dénotait toujours d'entre tous.

Après quelques explications GPS, j'arrivais devant la grande maison...